Dans la vie, on peut avoir plusieurs amours, différents par nature, dont les souvenirs peuvent aussi s’amenuiser avec le temps ; moi, ce fut des femmes qui ont partagé un temps ma vie, et des villages où j’ai vécu un temps, sans y avoir, pourtant des attaches familiales. Dans mes deux cas, on ne se lasse jamais de les admirer, de chercher à en découvrir les secrets, d’en percer les trésors cachés et de les aimer…

J’ai aussi aimé dans ma vie, trois villages, en particulier, Saint-Jean-de-pourcharesse, un village du sud de l’Ardèche, composé de très vieilles maisons en pierre, parsemé de mûriers, entouré de châtaigniers et peuplé alors, de quelques dizaines d’habitants, situé près de Joyeuse ; mes parents y avaient acheté une immense bâtisse dans les années 50. Je conserve particulièrement les souvenirs de l’accueil très chaleureux des voisins qui nous fut fait à notre arrivée et d’une vieille dame qui s’occupait de moi, ma mère étant tombée malade. Elle venait aussi lui faire des piqûres. Nous ne sommes restés hélas, qu’une saison dans ce village, ma mère ne s’y plaisant pas, et mon père ne trouvant pas de travail dans les villes voisines. Ce fut mon premier amour d’enfance. Je me souviens que l’alimentation principale d’eau, provenait d’une cuve placée sur le toit , recueillant les eaux de pluie. Il n’y avait pas de robinet d’eau dans la cuisine, mais une pompe à la place. Il y avait aussi un puits dans le jardin. L’eau était délicieuse et très fraîche. Pourtant mon père avait trouvé des rats crevés dans la cuve, en la nettoyant. Les gens du village parlaient un dialecte entre eux, cultivaient le ver à soie et élevaient des chèvres et des moutons. Les journées étaient très chaudes. Les gens gardaient leurs volets fermés pour conserver la fraîcheur et éviter d’être envahis par les mouches…

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Saint-Pierre-Saint-Jean

https://ardeche-sud.blogspot.com/2015/09/letonnante-eglise-de-saint-jean-de.html?m=1

Mon deuxième et plus grand amour encore, découvert plus tard, à l’âge de 16 ans, fut le hameau calenzanais de luzipeu et sa vallée, situés à 20 kms de Calvi et à 20 kms de Galeria. J’y suis arrivé comme ça au mois de novembre 1964, du fait du hasard, un colon ami d’un ami de mes parents, y avait acquis des terres et était propriétaire de pratiquement toute la vallée. Il avait besoin d’un ouvrier agricole. Je resterai ainsi dans cette vallée, pratiquement 5 ans . Je fut un temps ouvrier agricole, puis berger chez des Corses. La vallée s’étendait du pied d’une chaîne de montagnes, enneigées l’hiver, jusqu’à l’étang de crovani pour aboutir à la mer. La vallée était en grande partie recouverte de maquis et était dominée par le château en ruines, du Prince Pierre Bonaparte. Les lieux étaient sublimes et hors du temps. Durant ces 5 années, j’habiterai à divers points de la vallée, un temps dans un cadre de déménagement, puis dans des pailliers ( maisons en pierres sèches, recouvertes de pierres plates ou de tuiles, reposant sur des planches et des poutres grossièrement équarries), puis dans une pièce couverte du château du Prince Pierre. Je m’eclairais à la bougie et allais chercher l’eau à la rivière qui traversait le hameau, composé de quelques maisons groupées. Une maison cantonnière, une ancienne laiterie et de quelques paillers habités par des bergers du niolu en transhumance. Le reste des paillers habités étaient très éloignés les uns des autres, au milieu du maquis. Le château du Prince Pierre, était habité par un berger, apparenté au Prince Pierre, paraît-il. Il se déplaçait à dos d’âne à travers la vallée et l’attachait près d’un puits à côté d’un vieux palmier décharné à proximité du château. Je trouvais la scène très biblique. La vallée était balayée par tous les vents, tantôt par le mistral ou la tramontane, tantôt par le sirocco, que j’ai vu souffler au mois de décembre. Le ciel dans la vallée était d’un bleu limpide ; la lumière du soleil était éclatante, le soleil était souvent brûlant et les montagnes recouvertes de brumes de chaleur. Les couchers de soleil sur la mer se declinaient en différentes couleurs, avant de disparaitre au dessus de la mer. Ils egalisaient au moins ceux du golfe de Porto, Il y régnait un silence incroyable, hormis les bruits des vagues et de la rivière. De petites vaches demi-sauvages, souvent hargneuses, sillonnaient le maquis ou paissaient au bord de la route. Les bergers étaient encore vêtus de l’habit traditionnel : un complet en velours et j’en ai vu un encore, qui s’entourait la taille d’une pièce de tissus rouge. Les femmes vêtues de noir, les cheveux recouverts d’un foulard noué autour du cou transportaient encore sur la tête, bidons de lait, seaux et cageots. J’étais souvent invité à passer des soirées chez des bergers de la vallée : des moments très fort d’amitié et de convivialité, près de la cheminée, à savourer une soupe Corse aux haricots ou une polenta à la farine de châtaigne, du vin et du fromage corses. Des voisins bergers se mettaient à entonner en duo des chants improvisés, dîtes paghiella. Quelles voix et quelles veillées magnifiques passées, à une époque charnière entre une Corse traditionnelle finissante et une Corse moderne naissante.
J’ignore si ces veillées de bergers existent encore. Ce que je sais, c’est que les rares paillers encore habités saisonnièrement par des bergers, se sont modernisés et y ont fait entrer le confort des villes et villages et avec lui, un autre esprit. Et concernant la vallée de luzipeu, j’ignore s’il y a toujours des bergers. Il y en avait bien 4 ou 5 à l’époque. La derrière fois que je suis repassé dans la vallée, c’était en 1998. Toutes les terres qui étaient, jadis couvertes de maquis, puis plus tard, en partie de vignes, avaient été remplacées par d’immenses pâturages entourés de grillages et de barbelés. On m’avait dit alors que le propriétaire était un Corse de sensibilité nationaliste… Bien…

http://lejournaldessurvivants.centerblog.net/m/145-luzipeo-mon-amour

http://lejournaldessurvivants.centerblog.net/m/144-luzipeo-mon-amour-suite

LUZZIPEU

http://www.corse.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/4-01-Cotes_de_Luzzipeu.pdf

http://www.wikiwand.com/fr/Luzzipeo

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Luzzipeo

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Baie_de_Crovani

http://wikimapia.org/80143/fr/Pavillon-Bonaparte

http://www.conservatoire-du-littoral.fr/cms_iframeVideo.php?ID_WEBOTHEQUE_VIDEOEXTERNE=13640

Mon troisième grand amour, mais pas aussi fort que pour la vallée de luzipeu, fut le village d’Aiglun dans les Alpes-Maritimes, situé en moyenne montagne, à 630 mètres d’altitude et habité par environ 90 habitants, mais bien moins l’hiver, répartis en 3 hameaux Aiglun, le village ; Vascognes et Les Launes. il y en avait 4 autrefois, avec le hameau du vegay ; à 70 kms de Nice, au bout de la Vallée de l’Esteron et à 9 kms de l’arrêt de bus du village de Sigale. J’y suis arrivé aussi par hasard, à 59 ans. J’avais écrit à des maires de différents villages peu peuplés, donc susceptibles de me plaire ; et le maire d’Aiglun fut l’un des rares maires qui m’ait répondu pour me mettre en relation avec un propriétaire susceptible de me louer un studio dans le village. Je resterai près de 8 ans dans ce village. J’aurais aimé pouvoir conserver un pied à terre dans ce village, où l’une de mes filles est venue s’installer par la suite, mais vu ma petite retraite, cela me fut impossible.
Je passerai de très belles années de vie contemplative dans ce village. Mes journées étaient un peu routinières, mais toujours très bien remplies quand même.
Mon logement était situé dans une vieille bâtisse située au milieu du village. Les murs très épais et le plafond assez bas faisaient que la température n’était pas trop basse L’hiver. Elle n’est jamais descendue à moins de plus 5 degrés au plus froid de l »hiver, avec le chauffage électrique arrêté. Mais souvent je restais sous mes couvertures jusqu’à 11 h, ensuite, l’après-midi, je me promenais d’un bout à l’autre du village, de l’ancien cimetière au nouveau, situé à l’entrée du soleil et je faisais une halte aussi sur le banc des anciens : les mauvaises langues, l’appellaient « le banc des commeres », adossé au mur entourant le vieux cimetière jouxtant l’église et face au soleil , à discuter avec des anciens, chaque année moins nombreux, hélas. Pendant plusieurs années, je fis ma promenade en compagnie d’un ancien du village, un peu bourru au début, mais qui m’avait pris en sympathie par la suite et avec lequel je partageais des idées. Aucun commerce, hormis une auberge municipale, géré par un couple de personnes, très chaleureux, qui chaque vendredi soir, préparaient de délicieuses soccas et pizzas à consommer sur place ou à emporter. J’allais chaque vendredi chercher ma pizza pour changer l’ordinaire. Mon jour de fête en quelque sorte. Il y eut durant un temps, le service d’un minibus conduit par le maire ou un adjoint, pour nous emmener chaque fin de semaine, faire quelques courses au supermarché et dans d’autres commerces, à Entrevaux dans les Alpes-de-Haute-Provence. Pour descendre à Nice voir mes enfants, je profitais parfois de la descente d’un voisin à Nice ; mais le plus souvent je me levais à 4 h du matin pour aller prendre un bus au bas du village voisin, de Sigale, situé à deux heures de marche ; à faire par la route muni d’une lampe torche au milieu des bois. Je fis ce trajet des dizaines de fois, par tous les temps dans les deux sens, mais cela me devenait, âge aidant, de plus en plus pénible les derniers temps. Impossible de faire du stop sur la route, aucune voiture de passage le matin à 4 h. Eh puis le soir, au retour à 19 h, ne circulaient que quelques rares voitures, qui ne s’arrêtaient pas. Ces trajets au milieu des bois, avaient un côté bucolique et surréaliste. Je rencontrai souvent des cerfs, des sangliers et des renards.

https://www.ville-aiglun.fr/1.12-le-village-d-aiglun.html

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Aiglun_(Alpes-Maritimes)

https://www.provence7.com/portails/villes-et-villages/aiglun-a-visiter-06/

http://www.photos-provence.fr/dpt06/aiglun.html

https://fr.geneawiki.com/index.php/06001_-_Aiglun

Aujourd’hui, je vis en partie à Nice et au Sénégal, dans un bourg très étendu, de  » la petite côte » , constitué d’un assemblage de quartiers ; résidentiels, pour les quartiers situés en bordure de mer. Beaucoup de blancs y résident ; et de quartiers populaires, où je vis. Un enchevêtrement de maisons en parpaings, en cours de construction ou inachevées ; de terrains vagues en bordure de labyrinthes de pistes de sable. Ici et là, dans les cours des maisons, des manguiers, des flamboyants et des massifs de bougainvilliers. Des boutiques ( bazars) et des échoppes à tous les pâté de maisons.
Je ne suis pas encore tombé amoureux des lieux , mais j’aime bien , je m’y sens bien, le climat est agréable, surtout en hiver et je vis mieux…
J’ai bien sûr, souvent la nostalgie de luzipeu, mais plus de 50 ans après, il ne doit rester d’authentique, que les montagnes… Et pour Aiglun, presque tous les gens que je cotoyais au village, en compagnie desquels, je passais souvent un moment, semblent m’avoir oublié. Les montagnes, peut-être, se souviennent-elles encore de moi ?

Daniel Milan

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2 commentaires sur « Mes Amours »

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